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Résumé : Contrepoint de Anna Enquist
Au piano une femme travaille, étudie, décrypte les variations Goldberg, tente de comparer les différentes éditions de la partition, de s’approcher au plus près de la composition de l’oeuvre de Bach, de comprendre ce qui la porte au sublime. Ainsi éclairé par la musique et en écho aux variations, se déploie peu à peu en elle un paysage auquel elle n’avait ou ne pouvait plus avoir accès : les moments de joie, le quotidien, les simples détails comme les plus beaux souvenirs d’un passé partagé avec sa fille aujourd’hui disparue.
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Résumé : L’Étranger, d’Albert Camus (1942)

L’action se déroule en Algérie française. Meursault (le narrateur) apprend par un télégramme la mort de sa mère. Il se rend en autocar à l’hospice, près d’Alger. Il n’exprime ni tristesse ni émotion. Il refuse de voir le corps, mais veille le cercueil comme c’est la tradition, en fumant et buvant du café. Aux funérailles, il ne montre aucun chagrin, ne pleure pas, et se contente d’observer les gens qui l’entourent.

Le lendemain, de retour à Alger, Meursault va nager dans la mer et rencontre une jeune fille, Marie, une dactylo qui avait travaillé dans la même société que lui et qu’il connaît vaguement. Le soir, ils se rendent au cinéma puis reviennent à l’appartement de Meursault et couchent ensemble. Une relation se développe entre eux, au cours de laquelle il ne montre pas plus de sentiment ou d’affection envers Marie qu’à l’enterrement de sa mère.

Meursault fréquente son voisin, Raymond Sintès, connu pour être souteneur, qui lui demande de l’aider à rédiger une lettre : il s’est battu avec sa maîtresse qu’il soupçonne d’être infidèle et craint les représailles de son frère. Meursault accepte.

La semaine suivante, Marie et Meursault perçoivent les bruits d’une dispute violente entre Raymond Sintès et sa maîtresse, jusqu’à l’intervention d’un agent. Après le départ de Marie, Raymond vient demander à Meursault de lui servir de témoin de moralité. Il affirme au tribunal que la maîtresse de son voisin a été infidèle et Raymond est quitte pour un avertissement. Celui-ci invite Meursault à passer la journée du lendemain dimanche dans le cabanon de l’un de ses amis, Masson, dans la banlieue d’Alger. Dans le même temps, Meursault qui montre peu d’intérêt pour sa carrière, refuse une promotion qui le conduirait à travailler à Paris. Marie lui demande de l’épouser : il accepte, bien que cela lui soit égal.

Le dimanche, Marie et Meursault prennent le bus avec Raymond pour rejoindre le cabanon de Masson. Ils sont suivis par un groupe d’Arabes, dont le frère de la maîtresse de Raymond contre lequel Meursault a témoigné. Après déjeuné, les trois hommes vont se promener sur la plage, sous un soleil de plomb. Ils croisent à nouveau le groupe d’Arabes. Une bagarre éclate : Raymond est blessé au visage d’un coup de couteau. En remontant au cabanon, Meursault obtient de Raymond qu’il lui confie son révolver afin d’éviter qu’il ne tue quelqu’un. Meursault retourne sur la plage. La chaleur est accablante. Il rencontre un des Arabes qui sort un couteau. Meursault, ébloui par le reflet du soleil sur la lame, sort le revolver dans sa poche puis tout s’enchaîne : « La gâchette a cédé, j’ai touché le ventre poli de la crosse et, c’est là, dans le bruit à la fois sec et assourdissant que tout a commencé […]. Alors, j’ai tiré encore quatre fois sur un corps inerte où les balles s’enfonçaient sans qu’il y parût. Et c’était comme quatre coups brefs que je frappais sur la porte du malheur. » Ces cinq coups de revolver excluent la légitime défense et l’homicide involontaire. Meursault ne donne au lecteur aucune raison particulière pour son crime, le fait qu’il ait tiré sur le cadavre à quatre reprises ou sur les émotions qu’il éprouve, mis à part le fait qu’il a été gêné par la chaleur et la lumière du soleil.

Dans la seconde partie du roman, Meursault est incarcéré et envisage avec détachement son procès à venir. Il est même assez indifférent à la privation de liberté et s’habitue à l’idée de ne pas pouvoir coucher avec Marie. Il passe son temps à dormir ou à énumérer mentalement les objets qu’il possède dans son appartement.

Tout au long de son emprisonnement et jusqu’à la veille de son exécution, Meursault affiche la même indifférence, semblant ne rien ressentir. Il se sent étranger à ce qui lui arrive et ne montre au procès aucun regret, ce qui met son avocat très mal à l’aise. On l’interroge sur son comportement à l’enterrement de sa mère, sur les raisons de son crime. Il ne sait que répondre que c’est à cause du soleil. Pour le procureur, Meursault est « un homme qui tuait moralement sa mère », en la laissant dans un asile. Et il l’accuse « d’avoir enterré une mère avec un cœur de criminel ». La justice ne cherche pas à comprendre les motivations de Meursault. Le procureur se concentre sur son comportement, sa personnalité, sa vie dissolue (il engage une relation le lendemain des funérailles de sa mère dont il est indifférent), son athéisme, son caractère asocial. Dans le contexte politique de l’époque, l’Algérie gouvernée par la France coloniale, il aurait pu plaider la légitime défense et être acquitté. L’avocat tente de montrer son client sous un autre jour, loin de la réalité. Meursault l’écoute, pris de vertige : « J’étais un honnête homme, un travailleur régulier, infatigable, fidèle à la maison qui l’employait, aimé de tous et compatissant aux misères des autres. » La cour rend son verdict : « Le président m’a dit dans une forme bizarre que j’aurais la tête tranchée sur une place publique au nom du peuple français. » Finalement, Meursault est condamné à mort, plus pour son indifférence aux normes de la société que pour son crime.

Dans sa cellule, Meursault doit affronter l’aumônier de la prison qu’il refuse de rencontrer, mais qui tente de prendre sa confession. Il lui promet une autre vie s’il se tourne vers Dieu. Meursault entre dans une grande colère et met le prélat dehors. Il est convaincu que seule la vie est certaine et que l’inéluctabilité de la mort lui enlève toute signification. C’est alors que, paradoxalement, se développe dans l’épilogue une autre posture de Meursault, celle de l’attachement matériel, sensuel, à la vie. Il se découvre surtout comme faisant partie intégrante de ce monde. Meursault est prêt, lucide et calme, si proche de la nature et si loin des hommes. C’est à travers la révolte, la colère, la violence que l’homme découvre l’absurdité de la condition humaine. « Comme si cette grande colère m’avait purgé du mal, vidé d’espoir, devant cette nuit chargée de signes et d’étoiles, je m’ouvrais pour la première fois à la tendre indifférence du monde. De l’éprouver si pareil à moi, si fraternel enfin, j’ai senti que j’avais été heureux, et que je l’étais encore. Pour que tout soit consommé, pour que je me sente moins seul, il me restait à souhaiter qu’il y ait beaucoup de spectateurs le jour de mon exécution et qu’ils m’accueillent avec des cris de haine. »

Pour Albert Camus, la vie des individus, l’existence humaine en général, n’ont pas de sens ou d’ordre rationnel. C’est parce que nous éprouvons des difficultés à accepter cette notion que nous tentons en permanence d’identifier ou de donner une signification rationnelle à nos actes. Le terme « absurdité » décrit cette vaine tentative de l’humanité à trouver un sens rationnel là où il n’en existe pas.

Bien que dans L’Étranger Camus ne se réfère pas explicitement à la notion de l’absurde, les principes de l’absurdité fonctionnent dans le roman. Ni le monde extérieur dans lequel Meursault évolue ni le monde intérieur de ses pensées, de même que son comportement, ne relèvent d’un ordre rationnel. Meursault n’est pas logique dans ses actes, comme sa décision de se marier ou celle de tuer l’Arabe (notamment les quatre coups de revolver tirés dans son cadavre). Néanmoins, la société, à travers la justice, tente de fabriquer ou d’imposer des explications rationnelles aux des actions irrationnelles de Meursault. L’idée que les choses se passent parfois sans raison et que les événements peuvent n’avoir aucun sens perturbe la société qui voit là une menace. Le procès, dans la deuxième partie du roman, n’est autre que la tentative de la société de fabriquer un ordre rationnel. Le procureur et l’avocat expliquent le crime de Meursault en se basant sur la logique, la raison, et la notion de cause à effet. Pourtant, ces explications n’ont aucun fondement et ne sont que des tentatives pour désamorcer l’idée effrayante que l’univers est irrationnel. Le livre traduit cette vaine tentative de l’humanité d’imposer la rationalité dans un univers irrationnel.

La deuxième composante majeure de la philosophie de l’absurde de Camus est l’idée selon laquelle la vie humaine n’a pas de sens ou de but rédempteur. Camus fait valoir que la seule chose certaine dans la vie est l’inéluctabilité de la mort. C’est parce que tous les êtres humains finiront par rencontrer la mort que toutes les vies sont dénuées de sens. Tout au long du roman, Meursault évolue progressivement vers cette révélation, mais il n’en saisit pleinement la réalité qu’après sa dispute avec l’aumônier. Parce que la révolte est la seule réponse à l’absurde. Il prend aussi conscience que son indifférence au monde est corrélée par l’indifférence du monde à son égard. Comme tout humain, Meursault est né, mourra, et n’aura plus d’importance. L’acceptation de l’inéluctabilité de la mort libère Meursault des faux espoirs. Celui notamment d’une vie durable, qui n’était en fait qu’un fardeau qu’il traînait. Il est donc libre de vivre sa vie pour ce qu’elle est, et tirer le meilleur parti des jours qui lui restent. Joseph Vebret

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Résumé : Le Dernier Jour d’un condamné, de Victor Hugo  (1829)

Un condamné à mort raconte sa condamnation, son séjour à Bicêtre, puis à la Conciergerie, décrit les préparatifs de son exécution, sa dernière toilette, le voyage en charrette vers l’échafaud, ses impressions durant les quelques instants de délai qui lui sont accordés, mais qui vont bientôt s’achever.

Le spectacle du départ des forçats, les noms des condamnés qui l’ont précédé dans sa cellule, la complainte qu’il entend chanter en argot, sa conversation avec le stupide greffier, avec le prêtre, avec les geôliers, avec sa petite fille, tels sont les derniers objets qui occupent sa pensée.

Ses angoisses, son horreur devant l’idée de la mort font de cette « agonie de trois cents pages » une œuvre d’une « atroce et horrible vérité » (J. Janin).

L’auteur avait choisi ce sujet pour sa valeur dramatique. Dans sa Préface de 1832, Victor Hugo insiste surtout sur sa portée sociale comme attaque contre la peine de mort. La quatrième édition contient une sorte de préface en dialogue : Une comédie à propos d’une tragédie, dans laquelle l’auteur défend son œuvre contre les critiques.

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[Revue Universelle, 1902]

Résumé : Quatrevingt-treize, de Victor Hugo (1873)

Victor Hugo, voulant présenter un tableau saisissant, a choisi l’heure de la crise suprême, le moment où la Convention, déjà décimée par l’échafaud des girondins, abdique entre les mains de Robespierre et de Danton, qui vont s’entre-tuer, et où le royalisme, profitant de ces discordes néfastes, va jouer en Vendée sa dernière partie.

C’est en Vendée que Victor Hugo a placé le nœud de son récit.

Une frégate anglaise, la Claymore, montée par des officiers français de l’ex-marine royale, cherche à jeter sur la côte un homme qui doit prendre la tête de l’insurrection vendéenne : le marquis de Lantenac, prince en Bretagne, et envoyé par les émigrés pour tenir lieu et place de ce prince du sang toujours promis aux Vendéens et qui n’osa jamais venir. Ce marquis est une synthèse imaginaire des qualités et des défauts de la noblesse française.

La flotte française s’approche de plus en plus et resserre le cercle, pendant que la frégate va soutenir un combat où elle ne peut que sombrer. Il faut qu’un homme de l’équipage jette Lantenac à la côte, dans un canot ; un matelot breton s’offre comme pilote et le canot qui porte le chef aborde derrière les rochers au moment même où la Claymore, désemparée, s’abîme sous des volées de coups de canon.

La première chose qui frappe son regard sur le rivage, c’est, affiché sur le piédestal d’une croix renversée, son signalement et sa tête mise à prix par décret de la Convention ; le tout contresigné : « Gauvain », signature de son propre neveu, un déserteur passé du côté des révolutionnaires et le commandant en chef des forces républicaines.

Victor Hugo a de même personnifié dans un proconsul idéal, Cimourdain, les vertus stoïques et l’indomptable ténacité des délégués de la Convention.

Cimourdain, mandaté par le Comité de salut public, va donc retrouver en Vendée Gauvain, son élève et son fils d’adoption. L’insurrection a pris de l’ampleur, grâce au marquis de Lantenac ; les petites colonnes républicaines se sont fait écraser. On fusille deux femmes, dont l’une a trois enfants ; les chouans gardent ceux-ci en otage.

L’épopée se poursuit au milieu des sacs de villages, fermes incendiées, femmes éventrées ou fusillées, horreurs commises de part et d’autre. À la reprise de la ville de Dol par les bleus (les révolutionnaires), Gauvain va recevoir un coup de pistolet en pleine poitrine ; un homme s’interpose entre l’arme du meurtrier et le corps du commandant : c’est Cimourdain, arrivé en poste de Paris juste à temps. Derrière lui galope un fourgon, escorté de hussards, qui intrigue singulièrement toutes les populations : c’est la guillotine. Cimourdain amène avec lui la lugubre machine, tout exprès pour Lantenac, et sa première recommandation à Gauvain est de s’arranger de façon à prendre vivant le vieux chef. Il interdit qu’on le fusille, il faut qu’il monte sur l’échafaud.

Le moment ne tardera pas. D’habiles manœuvres du commandant ont acculé le marquis dans son fort, dans la Tour-Gauvain ; il y est cerné par des forces imposantes ; il n’a plus qu’à se rendre. Lantenac va tomber aux mains des républicains, quand le matelot breton qui lui a servi de guide reparaît et le sauve, en lui indiquant un passage souterrain ignoré de tous. En parlant, les chouans mettent le feu au bâtiment où sont enfermés les trois petits orphelins.

Cependant la Bretonne, leur mère, malgré la fusillade qu’elle a subie, n’est pas morte ; les balles n’ont fait que lui briser une épaule. Soignée et guérie, elle finit par arriver à la Tour-Gauvain au moment où les flammes enveloppent l’aile du château où sont ceux qu’elle cherche. La disposition des lieux lui permet de les voir, de l’autre côté d’un énorme fossé infranchissable ; les républicains aussi les ont vus depuis longtemps et cherchent à les sauver. Mais il n’y a pas d’échelle, et nul moyen n’existe de leur porter secours sinon d’enfoncer une porte de communication dans l’intérieur du château. Mais cette porte est en fer, solidement cadenassée, et, avant qu’on l’ait renversée, les enfants seront morts. La mère se lamente en termes si poignants qu’un homme qui fuyait sous les broussailles par les fossés du donjon s’arrête : c’est le marquis de Lantenac. Il écoute cette mère qui pleure et, rebroussant chemin, rentre dans la Tour, ouvre la porte dont il a la clef et délivre les enfants. Stupéfaits, les bleus, qui le reconnaissent, veulent le laisser fuir. Mais Cimourdain est là. Il pose sa main sur l’épaule de l’homme et en prend possession au nom de la loi.

L’échafaud est aussitôt dressé devant le château, et le marquis, condamné rapidement par une commission militaire que préside Gauvain, son neveu, est prévenu qu’il mourra le lendemain au lever du jour. Pendant la nuit, Gauvain se rend au corps de garde où le marquis est détenu, essuie sans rien dire les reproches que le vieux chef des chouans lui jette à la figure et, quand il a fini, lui tend son manteau et son chapeau de soldat. Lantenac accepte, et le matin, quand Cimourdain vient chercher sa proie, c’est Gauvain, son fils d’adoption, qu’il trouve à la place du vieux rebelle. Il faut pourtant que force reste à la loi. Gauvain est condamné à mort sur les réquisitions du proconsul. Il monte sur l’échafaud préparé pour son oncle. Au moment où le couperet s’abat, un coup de pistolet se fait entendre : Cimourdain s’est brûlé la cervelle.

[Revue Universelle, 1902]

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