Laisser le Temps suivre son cours

Un vieux récit datant de la Chine ancienne rapporte l’histoire d’un paysan dont le cheval s’était enfui. Aux voisins qui compatissaient à sa mauvaise fortune, il répondit simplement : »peut-être. » Le lendemain, son cheval ramena avec lui six chevaux sauvages. les voisins reviennent, pour lui exprimes cette fois leur contentement à l’annonce de cette heureuse surprise. Il répondit encore : « peut-être. »

Le jour suivant, en tentant de monter l’un des chevaux sauvages, son fils fut jeté à bas et se cassa la jambe. Cette fois encore, les voisins le plaignirent pour ce revers de fortune. Mais tout ce qu’il répondit, ce fut : « peut-être. »

Le lendemain suivirent des sergents recruteurs qui forcèrent les jeunes gens à rejoindre l’armée. En voyant sa jambe cassée, ils laissèrent le fils du paysan, qui demeura au pays. Les voisins s’extasièrent en choeur, faisant remarquer comme les choses avaient bien tourné. A quoi le fermier se contenta de répondre : « peut-être »

Voici le parfait exemple du taoïsme classique, ce fermier concevait sa vie comme partie intégrante d’une structurelles vaste dépendant de l’interaction des forces opposées.

Les évènements se déroulant au rythme du temps, il savait que par conséquence, aucune action n’a de fin en soi., qu’elle participe à un ensemble qui la dépasse et progresse selon son propre mouvement circulaire.

Qu’il vaut donc mieux suspendre tout justement et laisser le tao suivre son cours….

L’éléphant enchaîné

Quand j’étais petit, j’adorais le cirque, et ce que j’aimais par dessus tout, au cirque, les animaux. L’éléphant en particulier me fascinait : Comme je l’appris par la suite, c’était l’animal préféré de tous les enfants. Pendant son numéro, l’énorme bête exhibait un poids, une taille et une force extraordinaire…Mais tout de suite après et jusqu’à la représentation suivante, l’éléphant restait toujours attaché à un pieu fiché en terre, par une chaîne qui retenait l’une de ses pattes prisonnière. Or ce pieu n’était qu’un minuscule morceau de bois à peine enfoncé de quelques centimètres dans le sol. Et bien que la chaîne fut épaisse et résistante, il me semblait évident qu’un animal capable de déraciner un arbre devait facilement pouvoir se libérer et s’en aller.

Le mystère reste entier à mes yeux. Alors qu’est-ce qui le retient?

Pourquoi ne s’échappe t-il pas ?

A cinq ou six ans, j’avais encore une confiance absolue dans la science des adultes. J’interrogeais donc un maître, un père ou un oncle sur le mystère du pachyderme. L’un deux m’expliqua que l’éléphant ne s’échappait pas parce qu’il était dressé. Je posais la question qui tombe sous le sens : « S’il est dressé, pourquoi l’enchaîne t-on?

Je ne rappelle pas qu’on m’ait fait une réponse cohérente. Le temps passant, j’oubliais le mystère de l’éléphant et de son pieu, ne m’en souvenant que lorsque je rencontrais d’autres personnes qui un jour, elle aussi s’étaient posé la même question.

  • Pourquoi ne s’échappe t-il pas ? et s’il est dressé, pourquoi l’enchaîne t-on?

Il y a quelques années, j’eus la chance de tomber sur quelqu’un d’assez savant pour connaître la réponse : L’éléphant du cirque ne s’échappe pas parce que, dès son plus jeune âge, il a été attaché à un pieu semblable. Je fermai les yeux et j’imaginai l’éléphant nouveau né sans défense, attaché à ce piquet. Je suis sûr qu’à ce moment l’éléphanteau a poussé, tiré et transpiré pour essayer de se libérer, mais que, le piquet étant trop solide pour lui, il n’y est pas arrivé malgré tous ces efforts. Je l’imaginais qui s’endormait épuisé et, le lendemain, essayait à nouveau, et le surlendemain…et les jours suivants…jusqu’à ce qu’un jour, un jour terrible pour son histoire se résigner à son sort.

Cet énorme pachyderme que nous voyons au cirque ne s’échappe pas, le pauvre, parce qu’il croit en être incapable. Il garde le souvenir gravé de l’impuissance qui fut la sienne peu après sa naissance. Et le pire, c’est que jamais il n’a sérieusement remis en question ce souvenir. Jamais il n’a tenté d’éprouver sa force.

extrait de Laisse moi te raconter les chemins de la vie, Jorge Bucay, Pocket.

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Quelle terrible morale devons nous retenir de ceci?

Jorge Bucay est né à Buenos Aires en 1949. Il est psychiatre et psychothérapeute. Il anime des thérapies de groupe aux quatre coins du monde. Auteur à succès sur le continent américain, il a écrit 12 ouvrages qui sont restés dans les listes des meilleurs ventes dans plusieurs pays. Aujourd’hui, il se partage entre l’Argentine et l’Espagne où il continue d’exercer, participe à des séminaires, colloques et écrit.

 

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